La bibliothérapie en pratique : comme dans une île

 

D'abord, un texte à lire lentement, tranquillement. Le mieux, c'est encore de lire à voix haute, même si on croit qu'on ne lit pas bien. On lit, on relit encore.

D'abord on veut comprendre le sens puis on devient sensible au rythme et à la poésie du texte.

 

 

[A télécharger sous forme de fiche pratique en format PDF en cliquant ici.]

 

 

Du plus loin que je me souvienne, j’ai entendu la mer. Mêlé au vent dans les aiguilles des filaos, au vent qui ne cesse pas, même lorsqu’on s’éloigne des rivages et qu’on s’avance à travers les champs de canne, c’est ce bruit qui a bercé mon enfance. Je l’entends maintenant, au plus profond de moi, je l’emporte partout où je vais. Le bruit lent, inlassable, des vagues qui se brisent au loin sur la barrière de corail, et qui viennent mourir sur le sable de la Rivière Noire. Pas un jour sans que j’aille à la mer, pas une nuit sans que je m’éveille, le dos mouillé de sueur, assis dans mon lit de camp, écartant la moustiquaire et cherchant à percevoir la marée, inquiet, plein d’un désir que je ne comprends pas. Je pense à elle comme à une personne humaine, et dans l’obscurité, tous mes sens sont en éveil pour mieux l’entendre arriver, pour mieux la recevoir. Les vagues géantes bondissent par-dessus les récifs, s’écroulent dans le lagon, et le bruit fait vibrer la terre et l’air comme une chaudière. Je l’entends, elle bouge, elle respire. [...]

 

Ici, le bruit de la mer est beau comme une musique. Le vent apporte les vagues qui se brisent sur le socle de corail, très loin, et j’entends chaque vibration dans les rochers, et courant dans le ciel. Il y a comme un mur à l’horizon, sur lequel la mer cogne, s’efforce. Des gerbes d’écume jaillissent parfois, retombent sur les récifs. La marée a commencé à monter. C’est le moment où Denis pêche les hourites, parce qu’elles sentent dans leurs tentacules l’eau fraîche du large, et elles sortent de leurs cachettes. L’eau envahit les mares, les unes après les autres. Les ophiures balancent leurs bras dans le courant, les nuages de fretin remontent dans les cascades, et je vois passer un coffre, l’air pressé et stupide. Depuis longtemps, depuis que je suis tout petit, je viens ici. Je connais chaque mare, chaque rocher, chaque recoin, là où sont les villes d’oursins, là où rampent les grosses holothuries, là où se cachent les anguilles, les cent-brasses. Je reste là, sans faire un mouvement, sans faire de bruit, pour qu’ils m’oublient, pour qu’ils ne me voient plus. Alors la mer est belle et bien douce.

 

 

Jean-Marie Gustave Le Clézio

Extrait de "Le chercheur d'or"

 

 

Ce texte nous invite à écouter et ressentir, à accepter ce qui se donne.

Et si l'île était le lieu de tous les possibles ?

Je vous propose d'écrire à votre tour un court texte inspiré par cet autre phrase extraite elle-aussi de "Le chercheur d'or" :

 

"Il cherchait un autre endroit ; non pas ceux qu’il avait connus et où il avait souffert, mais un monde nouveau où il pourrait recommencer, comme dans une île."

 

 

 

 

 

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