La bibliothérapie en pratique : l'envol

 

 

 

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D'abord, un texte à lire lentement, tranquillement.

Le mieux, c'est encore de lire à voix haute, même si on croit qu'on ne lit pas bien.

On lit, on relit encore.

D'abord on veut comprendre le sens puis on devient sensible au rythme et à la poésie du texte.

 

 

[A télécharger sous forme de fiche pratique en format PDF en cliquant ici.]

 

J’avais, tout à coup, retrouvé le moyen de voler. Comment avais-je pu en oublier le procédé, si simple pourtant, enfantin ? Voler est un besoin indispensable à l’homme, c’est une fonction aussi naturelle que la respiration. Tout le monde peut, doit, sait voler en réalité. C’est une faculté innée. Pourtant, tout le monde oublie. C’est ce qui fait que nous nous sentons malheureux. C’est pis que si nous étions privés de nourriture. La plupart du temps, non seulement les gens ne savent plus comment faire pour voler mais ils ignorent qu’ils sont malheureux de ne pas voler. Ils ressentent leur malheur sans le connaître. De là vient notre misère. Que dirait-on si on oubliait de nager, de marcher ou tout simplement de rester debout, ou de s’asseoir ? Il faut réapprendre l’envol. Ou plutôt, il faut se souvenir. Moi, si, la plupart du temps et comme la plupart des gens, je ne sais plus m’envoler, je garde, au moins, la conscience qu’il m’est indispensable de le faire et je sais de l’absence de quelle chose je souffre.

[...]

 

[Pour voler], tu sautes en l’air, le plus haut que tu peux, en levant les bras. Au lieu de te laisser retomber, tu t’accroches à une branche imaginaire, comme l’on fait pour grimper à un arbre. Tu te soulèves par la force des poignets et tu attrapes une autre branche, un peu plus haut. Et de branche fictive en branche fictive, tu grimpes. Tu peux monter tant que tu veux, car l’arbre imaginaire est de la hauteur que tu veux ou que tu peux. Il est même infini si tu le veux et tu peux ne t'arrêter jamais. En effet, au début, c’est très dur et très fatigant. Mais plus on grimpe, plus c’est facile de grimper. Il y a une force qui vous pousse, on ne sent plus du tout son poids. Une main suffit pour l’escalade, puis un doigt, puis seulement le désir. C’est là que se vérifie l’expression “Vouloir, c’est pouvoir”

 

Eugène Ionesco

Extrait de la nouvelle "Le piéton de l’air", publiée dans le recueil "La photo du colonel"

 

 

Ce texte nous invite à nous dépasser, il nous donne l'envie d'aller plus loin. Il nous dit aussi que les ressources pour le faire se trouvent en nous.

Après sa lecture, je vous propose d'écrire à votre tour un court texte dont la première phrase sera : 

"J’avais, tout à coup, retrouvé le moyen de voler."

 

 

 

 

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