La sélection de la bibliothérapeute : histoire de nos pères

 

Cette sélection, je ne l'ai pas voulue exhaustive, bien au contraire. J'ai pioché dans mes lectures uniquement, des livres que j'ai aimés ou bien rejetés ; des livres en tout cas qui m'ont permis de m'interroger sur ce que c'est que d'être père.

 

La gloire de mon père, de Marcel Pagnol

"J'avais surpris mon cher surhomme en flagrant délit d'humanité: je sentis que je l'en aimais davantage."

 

La place, de Annie Ernaux

"Je voudrais dire, écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé."

 

Lettre au père, de Franz Kafka

"Très cher père, Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre."

 

Sukkwan island, de David Vann

"Roy commençait à comprendre comment son père fonctionnait, comment il sombrait dans ses pensées sans qu'on puisse plus l'atteindre, et comment tout ce temps passé seul en lui-même n'était pas bon et le poussait à s'enfoncer plus profondément encore."

 

Géronimo a mal au dos, de Guy Goffette

"Méticuleux à l’excès, perfectionniste et naturellement jamais content de toi, de nous, des ouvriers sous tes ordres ; jamais satisfait de ton travail, irréprochable pourtant, pas plus que des bonnes notes que nous rapportions du collège, du lycée ; jamais détendu."

 

Le jour des corneilles, de Jean-François Beauchemin

"D'où me venait que, malgré ses cruels mouvements à mon endroit, je le chérissais plus que l'existence même ? Était-ce là l'effet puissant et impénétrable de la lignée ? Le sang qui course dans nos veines est-il à ce point porteur de sentiment ? Mystère de nos jours ! Diablerie de la naissance, de la souche et de la famille !"

 

Une Odyssée, de Daniel Adam Mendelsohn

J'ai consacré à ce livre une chronique que vous pouvez retrouver ici.

 

 

 

Je vous propose aussi la lecture d'un extrait de La marche de Radetzky de Joseph Roth.

 

Prenez le temps de lire cet extrait à voix haute, chez vous ou bien dans un endroit où vous vous sentez détendu. Lisez lentement, sans vous préoccuper de "lire bien". laissez-vous simplement porter par le texte et par votre voix.

 

Le préfet passa le bras sous celui de son fils. C'était la première fois que Charles-Joseph sentait le bras décharné de son père contre sa poitrine. La main paternelle, dans son gant de peau gris foncé, s’incurvait, légère et confiante, sur la manche bleue de l’uniforme. C'était cette même main qui, sèche et courroucée, dans le froissement de la manchette empesée, pouvait exhorter et avertir, feuilleter silencieusement des papiers de ses doigts maigres, fermer rageusement les tiroirs, retirer les clés des serrures avec tant de décision qu’on pouvait croire celles-ci fermées pour l'éternité ! C'était la main qui tambourinait sur le bord de la table, impatiente, prête à intervenir quand les choses n’allaient pas au gré de son maître, ou contre la vitre, lorsqu’un silence gêné régnait dans la pièce. Cette main se levait, index tendu, si quelqu'un avait commis quelques négligence dans la maison, elle se serrait en un poing muet qui ne frappait jamais, s’appliquait tendrement sur le front, retirait délicatement le pince-nez, enveloppait légèrement le verre de vin, portait câlinement à la bouche le noir cigare. C'était la main gauche du père, depuis longtemps familière au fils. Toutefois il semblait que le fils découvrit aujourd'hui seulement que c'était la main de son père, une main paternelle. Charles-Joseph avait envie de serrer cette main contre sa poitrine.

 

 


 

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