Écrire avec des enfants : offrir de l'espace

 

Invitée à intervenir auprès d’enfants en Maison de quartier, j’ai proposé des temps d’écriture ouverts à des enfants (tous volontaires) âgés de 7 à 11 ans. Pour faciliter une expression libérée, j’ai fait le choix de laisser de la place au corps, d'en permettre le mouvement et le déploiement.

 

Rares sont les occasions où les enfants sont invités à écrire en-dehors du cadre scolaire. Le plus souvent, l’enfant écrit un texte qui permettra à l’enseignant de l’évaluer et de le noter. L’écriture est n’est pas toujours vécue comme l’outil qui permet une expression libre et singulière.

La vie dans la classe implique des contraintes fortes, indispensables au bon vivre ensemble et à l’apprentissage des savoirs. Un atelier d’expression par l’écriture n’est pas soumis aux mêmes nécessités : les enfants sont en nombre restreint, l’objectif pédagogique est plus souple, les évaluations sont inexistantes…

 

On associe souvent la situation d’écriture à une exigence d’immobilité, une obligation de rester en position assise, sur une chaise, devant un bureau. A l’école, l’écriture est un exercice qui contraint tout autant le corps que l’esprit. Pourtant, il est facile d’écrire debout ! Une grande feuille scotchée au mur, des marqueurs de couleur, des enfants qui se déplacent dans la pièce, se poussent légèrement du coude pour écrire à leur tour… : un texte collectif peut se créer dans le mouvement et, parfois, dans la bousculade. Quand les corps des enfants bougent, ils se déploient et s’entrechoquent provoquant des plaintes, des ronchonnements et quelques invectives. Cela fait du bruit, nécessairement et c’est à l’adulte de réfléchir aux limites qu’il pose alors. Les règles doivent permettre à chacun de s’exprimer, de trouver sa place (l’une des règles que j’instaure stipule que “chacun a sa place, toute sa place et rien que sa place”) et d’assurer une situation qui ne soit pas trop inconfortable pour l’animateur et les participants.

 

Le temps d’écriture collectif est suivi d’un temps d’écriture personnel. Les enfants s’installent autour d’une table commune le temps de la distribution des feuilles et des consignes. Ensuite, chacun est libre de s’installer plutôt à genoux devant une petite table basse, debout à côté de sa copine ou bien avec un bout de fesse en équilibre sur le bord d’une chaise. On se lève pour échanger son stylo bille contre un feutre, on choisit le rouge pour écrire la première phrase puis on rampe sous la table pour chercher le feutre vert qui permettra de continuer d’écrire… Les enfants se lèvent régulièrement pour chercher de nouvelles feuilles : “c’est parce que je veux recommencer..”, “j’ai pas bien écrit là…”  

 

La concentration est évidemment très difficile dans ses conditions. On choisit donc de donner des consignes très simples et d’en autoriser quasiment tous les détournements. Je n’attends pas de telles séances que les enfants produisent des textes aboutis, les conditions ne le permettent pas. Je n’ai pas d’autre ambition que de leur donner la possibilité d’expérimenter une écriture qui n’a pas besoin de se justifier. “Je croyais que je n’allais pas écrire et j’ai écrit tout ça” me dit Abib en me montrant une grande feuille où son texte, tout de guingois m’est illisible, et cela me suffit. Je ne relève pas les fautes d’orthographe et j’invite toujours l’enfant à lire son texte à voix haute, ce qui évite les erreurs d’interprétation de ma part (certaines orthographes sont pour le moins… inattendues).

 

Lorsque les enfants sont laissés libres d’écrire, l’adulte doit accepter d’être confronté à des textes qui ne correspondent pas à l’image qu’il se fait de l’enfance. Dans mes ateliers, aucun enfant n’a écrit de poésie sur les fleurs, les papillons et les petits oiseaux. Ils ont écrit leur envie d’avoir le nouveau téléphone qui vient de sortir, leur plaisir de jouer au jeu video, les difficultés financières de leurs parents, le chagrin d’être moqué par les autres élèves…

 

Ils ont écrit leur histoire avec leurs mots, en bougeant beaucoup et en chahutant un peu. C’est bien cela qu’on appelle un “texte libre”, non ?

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