Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : La vie rêvée de Virginia Fly

La vie rêvée de Virginia Fly, roman d'Angela Huth paru aux éditions Quai Voltaire

 

Sorte de prequel à “Madame Bovary” de Flaubert, ce roman paru en 1972 met en scène Virginia, ou plus exactement la pauvre Virginia. Coincée entre une mère aussi envahissante qu’un lierre sur une façade anglaise et un père moyennement inexistant, elle n’a toujours pas connu l’amour à trente et un ans. Elle est vierge, c’est peut-être hype, mais ce n’est pas glamour.

 

Il faut dire que la pauvre fille, institutrice falote et mal fagotée ne suscite ni désir ni intérêt chez les rares hommes qui croisent sa vie :

 

"Pourquoi, se demanda Virginia, était-elle le genre de fille à qui les gens proposaient toujours une boisson chaude et non simplement un verre ? Qu'y avait-il chez elle qui empêchait les gens d'imaginer qu'elle s'enfilerait volontiers un double whisky ? "

 

Virginia est vierge, certes, mais pas exempte de fantasmes. Sa vie rêvée est peuplée d’hommes virils et entreprenants :

 

“Souvent, debout face à ses élèves ou allongée sur son lit, Virginia Fly a la vision merveilleuse d’une main d’homme caressant son corps, déclenchant un frisson le long de son épine dorsale. Que ferait-elle si un inconnu apparaissait à la fenêtre, pénétrait dans la pièce et la séduisait? “

 

Le roman d’Angela Huth, so british par son humour et ses décors, est aussi un texte so shcoking :

 

“Virginia Fly se faisait violer, en esprit, en moyenne deux fois par semaine. Ces assauts imaginaires survenaient n’importe quand dans la journée : si elle n’y était jamais préparée, elle ne s’en étonnait jamais non plus.”

 

La virginité est abordée sans tabous, les premiers ébats décrits sans fards. Des hommes maladroits, des corps repoussants, des situations cocasses… l’amour physique serait-il sans issue comme le chantait Gainsbourg ?

 

Si Emma Bovary voulait y croire malgré tout, Viriginia renonce à un projet de vie (comme on l’appelle dans les manuels de développement personnel) sinon exaltant, du moins intéressant :

 

"J'ai renoncé à espérer, reprit-elle. C'est beaucoup mieux. On peut s'épanouir, vous savez, à se réjouir à l'avance des petites choses dont on est sûr qu'elles se produiront. C'est beaucoup moins sinistre que d'espérer de plus grandes choses qui risquent de ne jamais survenir."

 

D’échec en résignation, Virginia nous touche et nous émeut. Naïve et touchante, intelligente mais peu futée, timide et entreprenante… Ses contradictions donnent à ce roman une très grande épaisseur sous un vernis de cocasserie.

A rebours des parutions feel-good, c’est là un indispensable “manuel pour rater sa vie de femme à coup sûr.”

 

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