Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : Neverland

"Neverland", un livre de Timothé de Fombelle paru aux édtions L'Iconoclaste.

 

 

 

J’avais découvert Timothée de Fombelle  avec “Tobie Lolness”, une série de romans destinée aux enfants d’une dizaine d’années, pleine de fantaisie et remarquablement bien écrite.

 

“Neverland” est une autre plongée dans l’enfance, plus intime. Le récit est celui d’un homme aujourd’hui adulte et qui entreprend un voyage dans les terres de l’enfance :

 

“Je suis parti un matin d’hiver en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. “

 

Le texte est un sublime va-et-vient entre ces deux temps de la vie. L’enfance y devine ce que seront les paysages de l’âge adulte :

 

“Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin vers le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte. “

 

Et l’âge adulte, justement se souvient d’une enfance heureuse, comme épargnée par le malheur qui brise tant d’autres vies que la sienne :

 

“Je sais que pour une seule enfance intacte, un jardin suspendu comme le mien, il y en a des dizaines qui tombent en éboulis vers la plaine ou sont mangés par le désert.”

 

Thimothée de Fombelle cherche le point de bascule, ce moment où l’on sait que l’on devient adulte parce qu’on peut le lire dans le regard des autres. Pour lui, il s’agit de ce jour où son grand-père lui a demandé, à lui l’enfant fou de lecture et d’écriture, d’écrire à sa place une lettre à un vieil ami d’enfance. C’est l’écriture qui lui a permis de signer son entrée dans le monde des grands. Et grâce à ce stratagème, il lui a été possible de devenir adulte sans renoncer à ce qui faisait tout l’art de l’enfance : l’imaginaire.

 

“L’enfant est une île. Il ne sait et ne possède rien. Et quand il sera ivre d’avoir senti il se mettra à imaginer. Il découvrira cette énergie renouvelable à l’infini : l'imaginaire. Il fera des histoires.”

 

Cet enfant est toujours là, quelque part à l’abri dans la chair et les os de l’adulte que nous sommes devenu. A nous de le convoquer dès que sa présence nous est nécessaire. Pour cela, “Neverland” nous livre une sorte de potion magique dont l’imaginaire serait l’ingrédient indispensable :

 

“Je n’ai jamais essayé de retenir l’enfance ou de m’y attarder. J’ai simplement voulu faire grandir l’enfant en moi, le faire progresser, en le gardant vivant. [...] C'était un serment. Je ne renoncerais pas à l’imaginaire.”

 

“Neverland” est un texte qui nous parle tout autant de son auteur que de notre enfance et nous invite à redonner à l’imaginaire la place qui aurait du rester la sienne, bien longtemps après que nous soyons devenus des grandes personnes.

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