Dans la bibliothèque de la Bibliothérapeute : "Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe"

October 25, 2017

Un roman de Donal Ryan, traduit par Marina Boraso, aux éditions Albin Michel

Dans ce village irlandais, quand on parle de de Johnsey, on dit "l'attardé" ou "le gros lard". Lui-même se décrit comme "un pauvre idiot solitaire qui ne fait que décevoir les autres". Il a beau être simplet, ce jeune homme de 24 ans à peine, cela ne l'empêche pas de réfléchir sur lui-même et ses relations avec les autres. 

Sans aucun doute, c'est de son père qu'il s'est toujours senti le plus proche. Mais celui-ci est décédé d'un cancer l'an dernier, le laissant avec sa mère qui a désormais perdu le goût de vivre. 

Johnsey s'interroge sur le sens qu'il peut donner à sa vie maintenant qu'elle n'est plus rythmée par les activités qu'il partageait avec son père. 

 

"Cette noirceur qui le poursuit depuis des jours, ça ne peut plus durer. Est-il possible qu'une vie d'homme se réduise à cela -pleurer son père mort, se ronger les sangs pour une mère sur le déclin et craindre son ennemi de toujours, qui surgit tous les soirs de derrière ce fichu monument aux morts ?"

 

L'ennemi de toujours, c'est Eugene Penrose. Ce genre de pervers trouve toujours quelqu'un à humilier et cet idiot de Johnsey est une proie facile.  Les insultes, les bagarres, les moqueries sont quotidiennes. La victime ne se défend pas parce qu'elle n'en a pas les capacités. Johnsey sait ce qu'un autre ferait à sa place, comment un jeune homme normalement intelligent réagirait. Mais lui, il n'a pas la possibilité de réagir. 

 

À la mort de sa mère, Johnsey fait pour la première fois l'expérience de la solitude. Il perd son dernier rempart et cet abandon le laisse démuni. 

 

"La solitude est comme un drap qui recouvre le monde. Elle ruisselle dans la maison comme si les murs pleuraient, étouffe la façade telle une plante vénéneuse". 

 

Le personnage créé par Donal Ryan a pleinement conscience d'être un attardé. Il se méfie de ses déficiences et des difficultés qu'elles lui causent. 

 

"Tirer le meilleur parti de ce qu'on avait. Mais qu'est-ce qu'il a pour lui, Johnsey ? Une pauvre cervelle ramollie dans sa grosse caboche, qui rumine des idées noires sur cette vie de solitudequ'il déteste plus que tout". 

 

Être attardé ne l'empêche pas d'être observateur. Il voit bien que les autres accèdent à des plaisirs qui lui sont interdits : avoir un bon travail, se faire facilement des amis, séduire des filles...

Être attardé ne l'empêche pas de souffrir de sa condition et de s'interroger sur son existence. 

 

"Comment s'y prendre pour surmonter tout cela et accéder à un univers de bonheur, de raison et d'aisance ?"

 

S'il peut ressentir des émotions, les décrire et les interroger, ce jeune homme n'est pas assez intelligent pour déchiffrer le monde. Gérer les tracas administratifs, nouer des relations basées sur la sincérité et le respect... voilà des épreuves sont il ne peut sortir vainqueur. 

 

Et si, finalement la solitude n'était plus une détresse subie ? Si elle devenait l'ultime refuge ?

 

"Depuis quand la solitude n'est-elle pas une chose respectable ? Car il y a pourtant bien une forme de dignité là-dedans. Quand on est tout seul, on ne risque pas de se ridiculiser. S'il n'y a personne face à vous, on ne peut pas avoir l'air idiot". 

 

Ce roman, qui nous interroge sur le regard que nous portons sur les "idiots" et autres "gros balourds", s'adresse à tous les lecteurs curieux d'aller à la rencontre des autres. 

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