Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : "Les Liszt"

September 23, 2017

Un album de Kyo Maclear, illustré par Julia Sarda (La Pastèque)

 

 

Dans la famille Liszt, tout le monde a la manie des listes. Liste de corvées pour papa ou de footballeurs pour maman, liste de jeux ou palmarès des fromages... tout est répertorié, classé.

 

Ce goût pour les listes n'est pas nouveau. L'une des plus célèbres "listeuses" de la littérature, Sei Shônagon, vivait à la cour impériale du Japon au 11e siècle. Recueillis sous le titre "Notes de chevet" (Gallimard, collection Connaissance de l'Orient), ses fragments et énumérations n'ont pas vocation à être utiles. Ils s'agit de descriptions au fil de la plume, de réflexions confiées au papier : "Choses enviables", "Formules magiques", "Choses qui sont bonnes quand elles sont grandes"...

 

Les listes de la famille Liszt n'ont pas cette poésie. "Maladie épouvantables", "Petits insectes ailés"... : bien souvent simples inventaires, elles recensent et organisent le quotidien. Avec humour, Kyo Maclear moque gentiment la folie des listes qui a envahi les magazines féminins ou dédiés à la psychologie. "Faites votre liste de vie", "La liste des petits plaisirs quotidiens", "Ce que j'aimerais changer". Ces listes sont tour à tour décrites comme "un coup de fouet à notre désir", "une introspection dynamique" ou "un instrument de maîtrise".

 

Si le fait d'établir des listes représente effectivement une aide pour fixer, anticiper et organiser ses objectifs, il ne faut pas s'arrêter à un simple inventaire, au risque d'appauvrir et d'assécher sa créativité. "Les Liszt" nous le rappelle avec finesse. Un voyageur inconnu et inattendu frappe à la porte de notre famille de "listomanes". Et il leur pose des questions, de celles dont on n'a pas toujours les réponses : "où vont les choses que nous oublions ,", "est-ce qu'on voit toutes les couleurs de la même façon ?".

 

A fréquenter cet inconnu, les Liszt ne cesseront pas d'établir des listes. Ils ont bien raison : c'est une activité qui a un sens pour eux. Mais ils vont y introduire ce qui leur manquait :

 

"un blanc tout en bas... au cas où quelque chose d'inattendu arriverait".

 

Faire place à l'inattendu, s'organiser pour mieux se laisser surprendre, jolie leçon pour cet album à partager avec les enfants à partir de 6 ans.

 

 

 

 

 

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