Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : "Quelques minutes après minuit"

September 19, 2017

 

 

Un roman de Patrick Ness ; illustré parJim Kay aux éditions Gallimard

 

"Depuis que sa mère est malade, Conor redoute la nuit et ses cauchemars. Quelques minutes après minuit, un monstre apparaît, qui apporte avec lui l'obscurité, le vent et les cris. C'est quelque chose de très ancien, et de sauvage. Le monstre vient chercher la vérité." (présentation de l'éditeur)

 

Conor a bien tenté de garder le secret mais l'information a fait le tour du collège : sa mère se bat contre le cancer. Il lui faut maintenant subir les moqueries et brimades de quelques élèves qui ne voient en lui qu'un camarade fragilisé, une victime à portée de main.

 

Le roman de Patrick Ness place d'emblée son personnage au cœur de deux réseaux familiers aux pré-adolescents : le collège et la famille (sa mère qui est souvent hospitalisée, sa grand-mère maternelle, son père qui a refait sa vie à l'étranger).

 

Ces deux réseaux ont pour point commun d'être constitués de personnes capables du pire comme du meilleur. Là ou deux ou trois caids ne pensent qu'à le tabasser, Conor pourrait saisir la main tendue d'un professeur et d'une copine. Quand son père parle déjà de son voyage de retour vers sa nouvelle famille, sa grand-mère l'invite à emménager avec elle.

 

Les personnages les plus proches du jeune garçon sont eux-même traversés par des sentiments contradictoires. Tout comme Conor, le lecteur devra cheminer dans le récit pour découvrir que nous sommes tous capables du pire comme du meilleur.

 

Cet apprentissage (car il s'agit bien d'un roman d'apprentissage) est guidé par un maître : un if qui apparait sous la forme d'un monstre dans les cauchemars de Conor. Très habilement, le roman enchâsse, dans une trame quotidienne (collège, hôpital) des récits fantastiques. Il revendique ses liens avec le conte et sa puissance d'évocation. C'est en se décollant du réel, en assumant l'imaginaire et ses multiples interprétations, qu'il permet au lecteur de vivre sa propre lecture. C'est pour cette raison que je recommande la version illustrée par Jim Kay. Si ces encres noires peuvent dérouter, il faut en accepter ce qu'elles portent de possibilités d’interprétation.

 

"Les histoires sont les choses les plus sauvages de toutes. Les histoires chassent et griffent et mordent". Griffures et morsures laissent des cicatrices comme preuves qu'elles nous ont "fait quelque chose", nous ont marqué.

C'est pour cela que l'arbre revient nuit après nuit raconter une histoire à Conor : pour que ce "quelque chose" se passe en lui. Ces contes et paraboles sont des fables qui nous aident à vivre. Elles nous permettent de faire nos choix et de les mettre en actes : "On n'écrit pas sa vie avec des mots. On l'écrit avec des actes. Ce que tu penses n'est pas important. C'est ce que tu fais qui compte".

 

Ce roman peut être lu dès 11 ou 12 ans mais il plaira aussi aux adultes. Il est suffisamment riche et subtil pour s'ouvrir à des interprétations multiples. Il pourra donner lieu à des échanges entre ses lecteurs, particulièrement au sein de la famille.

 

 

 

 

 

 

 

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