• Nathalie Palayret

Lecture des manuels scolaires


Le "livre de lecture" est un incontournable de la rentrée. Mais n'est-il pas plus conçu comme un ouvrage technique que comme un objet littéraire ?


Dans un ouvrage déjà ancien "La lecture et l'enfant", (publié aux Etats-Unis en 1981, traduit en France par Théo Carlier en 1983), le psychanalyste Bruno Bettelheim (en collaboration avec la psychologue Karen Zelan) s'interroge sur le contenu des manuels scolaires destinés à l'apprentissage de la lecture.


Certes, cet ouvrage est déjà ancien, il s’intéresse principalement au système éducatif américain et les travaux de Bruno Bettelheim ont fait l'objet de nécessaires critiques depuis.


Il n'en reste pas moins que certaines pistes de réflexion méritent d'y être suivies. Bettelheim nous pose tout d’abord cette simple question : pourquoi faut-il savoir lire et quel intérêt a un enfant à se lancer dans ce difficile apprentissage ?


"Pour avoir très envie de lire, l'enfant n'a pas besoin de savoir que la lecture lui sera très utile plus tard ; il doit être convaincu qu'elle lui ouvrira tout un monde d'expériences merveilleuses, dissipera son ignorance, l'aidera à comprendre le monde et à maîtriser son destin."


La promesse de la lecture doit donc être celle d'un pouvoir magique, "comme l'initiation d'un novice, comme un art ésotérique qui dévoilera des secrets jusque-là cachés, permettra d'acquérir la sagesse et d'accéder à tout ce que la poésie a de sublime".


Autant dire que les méthodes "Rémi et Colette" ou "Daniel et Valérie" qu'ont connues les plus anciens d'entre nous ne relevaient pas vraiment le défi !

Bettelheim déplore l'utilisation de manuels qui n'emploient qu'un vocabulaire limité et stérilisé pour décrire des situations d'une attristante banalité. Ces ouvrages offensent l'intelligence des enfants mais surtout, en les privant de la nécessaire dimension imaginaire, ils sont un obstacle à l'envie d'apprendre.


Au-delà du constat (qui s'appuie sur des observations menées auprès d'écoliers américains), l'auteur propose des pistes pour "des livres de lecture significatifs" :


"Les textes doivent stimuler l'imagination de l'enfant, comme le font les contes de fées*, et développer sa sensibilité littéraire, comme le font les bons poèmes. Les textes devraient également offrir à l'enfant des tableaux littéraires du monde, de la nature, de l'homme, comme ceux qui ont été crées par les grands écrivains."


Il s'agit donc bien de considérer l'apprentissage de la lecture comme autre chose que l'acquisition de techniques de décodages et d'y faire une large place à la curiosité et à l'imaginaire dans toute sa foisonnante richesse : richesse des mots, des situations décrites par les histoires, richesse des émotions des personnages qui y sont mis en scène...


Si l'ouvrage a vieilli, la nécessité de prendre en compte la charge émotionnelle et symbolique de la lecture, et ce dès son apprentissage, est toujours actuelle.



*Bruno Bettelheim est l'auteur d'une "Psychanalyse des contes de fées".














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