• Nathalie Palayret

La sélection de la bibliothérapeute : Donner de la voix


Que l'on crie ou que l'on se taise, que l'on bégaye ou que l'on murmure... on pourra toujours dire "ma voix, c'est moi" (Michel Leiris).

A cor et à cri, de Michel Leiris

"Dans le bas de l'avenue Mozart et donc dans mon quartier bourgeois d'alors, vers la fin de la Première Guerre mondiale, un militaire se cramponnant à un réverbère comme un poivrot de caricature et beuglant à travers la nuit « Le lieutenant, je l'encule! Je l'encule, le lieutenant!Celui qui, toutes hontes bues, clamait ainsi sa révolte justifiée par la tuerie était un cavalier, à en juger par son uniforme."

Le nom sur le bout de la langue, de Pascal Quignard

"Qu'un mot puisse être perdu, cela veut dire: la langue n'est pas nous-mêmes. Que la langue en nous est acquise, cela veut dire: nous pouvons connaître son abandon. Que nous puissions être sujets à son abandon, cela veut dire que le tout du langage peut refluer sur le bout de la langue."

Leur histoire, de Dominique Mainard

"Quand elle était bébé, Anna a crié, pleuré, puis elle s'est tue à l'époque où elle aurait dû prononcer ses premiers mots, c'est-à-dire qu'elle a cessé d'émettre le moindre son."

Le prince bégayant, de François Place

"Mais quand il reprend son souffle pour chanter la victoire devant tous ses guerriers le jeune prince bé-bé le jeune prince bé-bé le jeune prince bégaie Il perd en un instant les effets de la gloire et de la majesté."

La voix sombre, de Ryoko Sekiguchi

"C’est après la fin que l’on se rend compte de la présence de la voix. Avec une personne vivante, le présent de la voix s’intègre dans la présence de la personne, qui brille dans la vie."

Petits oiseaux, de Yoko Ogawa

"À la radio on entendait un conte venu d'un pays lointain. Ou l'aria d'une prima donna plongée dans l'affliction, serrant dans ses bras le corps de son amant. L'aîné, bras croisés, regard baissé sur ses doigts, retenait sa respiration pour ne manquer aucun son, même le plus ténu. On aurait dit qu'il était tout entier dans ses oreilles. Des oreilles prosternées devant les sons."

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