• Nathalie Palayret

La bibliothérapie en pratique : Un petit caillou vert

Mis à jour : nov. 1


D'abord, un texte à lire lentement, tranquillement. Le mieux, c'est encore de lire à voix haute, même si on croit qu'on ne lit pas bien. On lit, on relit encore.

D'abord on veut comprendre le sens puis on devient sensible au rythme et à la poésie du texte.

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Un petit caillou vert
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A cette époque-là j’étais très petite et je ne savais pas qu’il fallait toujours apporter de l’argent pour pouvoir acheter quelque chose. Je pensais que si on aimait beaucoup un objet, on pouvait aller l’échanger contre un autre. Dans mon esprit, cela allait de soi.


Un jour, j’ai trouvé un petit caillou vert dans le caniveau. Il était lisse, tout arrondi et doux. J'aimais le tenir dans ma main. Il ne faut pas mettre des objets trouvés dans la bouche, mais celui-ci était un caillou particulier. On ne pouvait pas s’empêcher de le goûter, de le prendre dans la bouche, de le sucer. Il avait un goût rafraîchissant. Si j’avais soif parce que j’avais couru, et qu’il n’y avait pas d’eau, alors je pouvais prendre mon caillou, le mettre dans ma bouche, et attendre, sans bouger. Ma soif disparaissait.


Cela se passait l’été. Ensuite, ce fut l’hiver et j’avais moins souvent soif. Mais quand il fait froid on a très envie de friandises. Certains jours, il arrive que je ne pense qu’à ça.


Un jour de vent et de neige, j’étais toute seule parce que j’étais brouillée avec Ulla et les autres ; alors, sans réfléchir, j’ai pris mon caillou et j’ai couru à la confiserie. Un très, très vieux monsieur était devant moi, et il regardait tous les gâteaux derrière le comptoir en verre. Il avait une canne. Il était devant moi, mais je n’y pensais pas, et je posai mon caillou sur le comptoir. Puis j’attendis.


Quand j’étais petite, il me semblait que le monde pouvait lire mes pensées. Je ne disais rien. J’attendais, je regardais, et je croyais que j’allais recevoir ce que je désirais. la fille derrière le comptoir prit le caillou.Tu me le donnes ? dit-elle.Je fis signe que oui, elle le prit et je restai là. Elle eut l’air surprise.


-Tu voulais peut-être acheter quelque chose avec ton caillou ? demanda-t-elle.


Je montrais un tas de bonbons à la framboise et au caramel. Je pensais que je pouvais avoir au moins ça en échange du caillou, mais elle rit, et elle remit le caillou sur le comptoir.

-On ne peut rien acheter avec un caillou, dit-elle. Tu ne le savais pas ?

Elle n'arrêtait pas de rire, et elle riait d’une façon qui me donnait des picotements aux oreilles et aux joues. Je pris le caillou et le cachai. J’avais honte, et pitié de lui.


Le vieux, très vieux monsieur était resté sans savoir quels gâteaux acheter. Mais il arrêta de les regarder et me tapa dans le dos avec sa canne au moment où je m’en allais. Il voulait voir le caillou, et je le lui tendis. Il prit ses lunettes, l’examina longuement, le tourna et le retourna, il le regarda de près et de loin, et puis il dit :

- La beauté vaut donc si peu, pas même un bonbon !


extrait de "Julie et le papa du soir" de Maria Gripe

Ce texte est d'une très grande simplicité... et pourtant !

Il parle d'enfance, de beauté, de naïveté, de désir... et sans doute de beaucoup d'autres choses encore qui ont fait écho en vous.


Je vous invite à écrire un court texte qui commencera par : 

"Je croyais que j'allais recevoir ce que je désirais"