• Nathalie Palayret

Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : Le nom sur le bout de la langue

Mis à jour : mai 12


Un conte de Pascal Quignard publié aux éditions Gallimard

Ce court récit de Pascal Quignard est précédé d'un texte d'introduction ("Froid d'Islande") et suivi d'un "Petit traité de la Méduse" : trois variations sur le thème du mot qui nous échappe.


"Tous les noms se tiennent sur le bout de la langue."

Le conte a pour cadre la Normandie, là où "l'herbe pousse en permanence", à l'approche de l'an mil.

La jeune Colbrune est amoureuse de Jeûne, le tisserand. Celui-ci veut bien d'elle pour épouse si elle parvient à broder une ceinture identique à celle qu'il porte autour de la taille.

Alors que Colbrune désespère de broder un tel chef-d'oeuvre, un Seigneur vient frapper à sa porte. Il lui offre une ceinture identique à celle de Jeûne. En échange, elle devra simplement retenir son nom.

"Si dans un an, le même jour, à cette même heure, au milieu de la nuit, tu as oublié mon nom, alors tu seras à moi".

Ce conte est d'une grande beauté, la langue de Quignard, précise et lumineuse, s'y déploie avec aisance, en épouse toutes les péripéties. Il se prête particulièrement à une lecture à voix haute, pour soi-même d'abord et le plaisir d'en éprouver la musicalité, puis une lecture à partager. Accessible, il peut être proposé à des personnes qui lisent peu. La forme du conte leur sera sans doute familière.


"Tout mot retrouvé est une merveille".


Le texte qui le suit, "Petit traité de la Méduse" permet d'engager plus avant une réflexion sur ce mot perdu, qui par sa perte même nous rappelle que la "langue n'est pas nous-même".

Cet essai est d'un accès plus difficile, comme beaucoup des œuvres de Pascal Quignard. Difficile de par son exigence, mais ô combien passionnant et riche d'anecdotes et de réflexions.


"Le nom flottait autour de ses lèvres, il était tout près d'elle, elle le sentait, mais elle n'arrivait pas à se saisir de lui".


On peut, dans ce petit livre, ne lire que l'histoire de Jeûne et Colbrune dont l'apparente simplicité n'est pas signe de pauvreté, bien au contraire ! Pascal Quignard sait bien que les contes ont beaucoup à nous apprendre parce qu'ils touchent directement en nous le point sensible de la poésie.