• Nathalie Palayret

Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : Généalogie du mal

Un roman de Jeong You-jeon, traduit du coréen par Choi Kyungran et Pierre Bisiou, paru aux éditions Picquier


Au cœur du roman, Yujin, jeune coréen qui s'apprête à commencer sa vie d'homme, à entrer en école de droit et peut-être à satisfaire une mère toujours aux aguets. Il faut dire que ce fils lui cause du souci : il a déjà eu "des crises" quand il était petit. Les médicaments en ont eu raison mais Yujin n'aurait-il pas arrêté son traitement ?


"Il n'y a pas de port pour m'abriter de cette tempête. Rien à faire, sinon attendre qu'elle s'abatte".


La nature des crises qui ont déjà terrassé Yujin et l'ont obligé à renoncer à une carrière de sportif de haut niveau nous reste longtemps mystérieuse. On sait qu'elles sont précédées de signes (le fameux "syndrome prodromique") dont une sensibilité olfactive exacerbée. On sait surtout qu'elles ont conduit la mère de Yujin et sa tante à prendre le contrôle total sur la vie du jeune homme.


"Interrompre le traitement, c'est la pluie salutaire que j'offre parfois à ce désert qu'est ma vie".


Alors oui, Yujin a arrêté de prendre ses médicaments, juste pour retrouver la sensation d'un corps jeune et plein d'énergie. Il se sauve parfois la nuit pour courir dans les rues sombres et désertes. Il sent de nouveau la vie qui bouillonne en lui et rien que cela vaut bien le risque d'une nouvelle crise.


"L'odeur du sang me réveille. "


Mais ce matin, dès le réveil, dès que cette odeur de sang s'impose à lui, Yjin sait que quelque chose a changé. Et que ce changement est irrémédiable. Ce qu'il ignore encore, c'est qu'il devra plonger dans les tréfonds de sa mémoire pour essayer de comprendre ce qui s'est passé la nuit précédente.


"Quelque chose s'est passé. Une trajectoire a été dessinée".


Grâce à ses quelques souvenirs et au journal intime de sa mère, Yujin va tenter de comprendre qui il est et ce dont il est capable. Cette enquête sur l'origine de ses crises, sur leurs conséquences aussi, interroge le lecteur. Si Yujin est coupable de choses terribles, est-ce parce que son cerveau est ainsi fait et que même un traitement médicamenteux n'offre qu'un trop faible rempart ? Tout cela n'est-il arrivé que parce Yujin était victime d'une mère possessive ? Quelques réponses à ces questions se trouvent peut-être dans l'enfance du jeune homme, d'autres lui échapperont sans doute à tout jamais.


Ce polar joue habilement du suspense et des ressorts psychologiques. La clé de l'énigme se trouve quelque part, dans les circonvolutions du cerveau de Yunji. Entre jubilation et malaise, le lecteur se laisse conduire et malmener, de mystères en révélations.



23 vues0 commentaire