• Nathalie Palayret

Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : Chambre 2

Un roman de Julie Bonnie, paru aux éditions Belfond


Des chambres seulement désignées par leur numéro, c'est là tout l'univers de Béatrice. Ses enfants sont grands, il y a bien longtemps que leur père les a quittés. Chaque matin, elle enfile la blouse rose dans laquelle son corps étouffe et commence sa journée d'auxiliaire de puériculture à la maternité.


"Commence alors la présentation du service, chambre par chambre, femme par femme, âme humaine par âme humaine, drame par drame, vie par vie. En quelques mots : enfant, mort, anorexie, trisomie, hémorragie, déchirure, antécédents, pleurs, peurs, angoisse, nuit, crevasses,.. . "


Dans ce livre il est question de vie et de mort, question de la vie et de la mort, mais il est surtout question de corps. Béatrice tente de contrôler ses émotions et ses affects. Tant bien que mal, face à ses collègues elle parvient à faire bonne figure, à garder la face. Oui, mais le corps ?


"Il me faut contenir, afin de ne pas exploser, car exploser ne fait pas partie du travail d'auxiliaire de puériculture. Je ne danse plus, je n'explose plus".


Avant, Béatrice dansait. Béatrice avait un corps qui bougeait, qui aimait, qui jubilait. Un corps faisait plus encore que se dévoiler : qui se montrait. car Béatrice dansait nue, sur la scène du "Cabaret de l'amour". C'était au temps des scènes musicales underground, de la musique grunge, des tournées avec le camion, avec l'amour de Gabor. Et Gabor est parti ; le corps n'a plus dansé, il est parti travailler à la maternité.


"Quand Jésus est né mort, j'étais triste, c'est sûr. Je n'avais jamais pensé que mon corps puisse fabriquer une autre mort que la sienne".


Avant de devenir cette auxiliaire de puériculture qui donne des conseils aux jeunes mères, qui les aide à prendre soin de leur bébé dans le respect du protocole mis en place par le service de maternité, Béatrice a mis au monde ses trois enfants. Deux enfants vivants, un enfant mort, Jésus enterré en cachette au Père-Lachaise. Son corps a donné la vie et donné la mort. Alors quand Béatrice regarde les femmes des chambres numérotées de la maternité, quand elle caresse et renifle les bébés, elle le fait de tout son corps.


Même si de nombreux éléments autobiographiques ont nourri ce livre de Julie Bonnie, c'est bien "roman" qu'elle a choisi de faire figurer sur sa couverture. Car c'est là, au creux de la fiction, qu'elle donne à entendre, à voir et à soupeser les histoires que racontent les corps des femmes.

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