• Nathalie Palayret

Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : Buffalo Belle

Un album d'Olivier Douzou, paru aux éditions du Rouergue


On parle maintenant de "dysphorie de genre" et les histoires de ces enfants qui ne se reconnaissent pas dans l'identité sexuelle qui leur est assignée à la naissance nous sont devenues plus familières.


Olivier Douzou prend le parti de la légèreté : le trait du crayon est léger, il esquisse et contourne, ne s'appesantit pas.


De façon très subtile, il évite le piège du récit, du portrait ou même du témoignage. Nous ne serons jamais "dans la tête" d'Annabelle et c'est de "notre place à nous" que les émotions nous sont données à vivre.



"On m'appelait Annabil Je m’appelais Buffalo Belle."


Le procédé d'écriture choisit par Olivier Douzou est remarquablement efficace. Dans tous les mots concernés, il a remplacé les syllabes "il" par "elle" et vice versa. Ainsi, dans la cour de l'école (maternil et non plus maternelle), la marelle devient maril. Et peu à peu, Anabelle devient Anabil. Les lettres modifiées sont indiquées en gras, comme signalées à l'attention du lecteur sans forcément lui en faciliter la lecture.


Car c'est justement le sentiment d'inconfort induit par ce procédé stylistique qui fait toute la force de ce livre. Nous, lecteurs, ne saurons peut-être jamais ce que ressens Anabil. Mais, à ses côtés, nous avons ressenti la gêne, la difficulté de dire et de nommer correctement. Nous nous sommes nous aussi emmêlés dans les il et les elle.


"Dans l'autre cour, cil des grands"


Annabil grandit, et ce qui n'était qu'un jeu accepté par tous dans la cour de l'école maternil n'est plus maintenant un détail futelle. Le regard des autres est plus pesant, leurs attentes plus oppressantes. Le jeu ne suffit plus. Il faut passer au je. L'album se termine alors par un poème écrit par Annabil et ce ne sont plus les syllabes il et elle qui sont soulignées, mais le je qui se reconnaît enfin : "je suis ce que je veux / je serai ce que je veux".


Si l'album d'Olivier Douzou aborde un sujet grave, on se se privera certainement pas du plaisir de fourcher sa langue dans les il et les elle. Les mots sont comme les "barelles de playmobelles" : il faut les utiliser à construire et déconstruire nos certitudes.






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