• Nathalie Palayret

Corne de Rino, Course au chocolat et santé émotionnelle


Rino est un rhinocéros très triste car sa corne ne pousse pas et tout le monde se moque de lui... Papa Coq s'est endormi et le renard en a profité pour attraper ses poussins... Sarah a perdu ses super-pouvoirs et les lourdes responsabilités qui allaient avec...


Toutes ces histoires ont été imaginées par des enfants de classes primaires de l'école Madeleine-Reberioux de Saint-Nazaire à l’initiative de l'association Revivre, depuis longtemps impliquée dans la prévention et l'information en santé mentale.


Concevoir et éditer des livres avec des enfants demande, certes, un peu d'organisation mais procure surtout beaucoup de satisfactions !

A chaque classe, j'ai proposé d'inventer une histoire, de l'illustrer et de l'éditer pour en faire un livre dont ils recevraient chacun un exemplaire et qui serait lu aussi par des personnes qu'ils ne connaissent pas. Proposition vite acceptée et avec enthousiasme : le livre reste un objet à forte charge symbolique. Créer un livre et voir son prénom en toutes lettres sur la couverture contribue fortement au sentiment de sa propre valeur.


Une contrainte a été imposée aux enfants. Ce projet étant porté par une association qui oeuvre dans le domaine de la santé mentale, "l'histoire doit parler de quelqu'un qui va mal". Dans chaque classe nous avons discuté (même avec les plus petits) de la différence entre un état de tristesse passagère et un sentiment dépressif qui s'installe progressivement. Les enfants ont bien évidemment évoqué des événements anodins (ne pas obtenir ce que l'on souhaite, se disputer avec un copain...) mais aussi des situations plus douloureuses (un père en prison). Les auteurs du récit qui met en scène une super-héroïne ont spontanément cité les mamans en réponse à ma question "vous connaissez des gens dans la vraie vie qui ont l'air d'avoir des super-pouvoirs ?",reconnaissant ainsi à leur façon le poids de la charge mentale.


Personnage humain ou animal, chacune des 5 classes a choisi celui qui serait au cœur de l'histoire. Les enfants ou jeunes animaux y occupent une place essentielle. Ainsi dans "Le renard est revenu", les enfants se sont moins attachés aux réactions de Papa Coq et Maman Poule qui découvrent la disparition de leurs petits qu'aux traits de caractère et attitudes de chacun des poussins (l'un est bête, l'une est courageuse...).


Ecrire sur les émotions et ressentis n'est pas chose facile, je l'ai souvent remarqué en travaillant avec des groupes d'adultes également. Il ne s'agit pas seulement d'un manque de vocabulaire (lorsque cela semble nécessaire je fournis d'ailleurs une liste d'adjectifs dans laquelle puiser) mais d'une difficulté à identifier les émotions elles-mêmes. Quand j'ai dit que Rino est triste parce que l'on se moque de lui, est-ce que j'ai vraiment tout dit de sa détresse ? Trouver les mots qui diront les nuances est une façon de reconnaître de l'importance à sa propre santé émotionnelle.


Tous les récits se terminent bien car les héros ont fait ce qu'il fallait pour cela (le plus malin des poussins a libéré ses frères et sœurs et dans "La course au chocolat" Maeli affronte avec succès un jeu vidéo dont ses frères sont prisonniers) ou, le plus souvent, parce qu'ils ont reçu de l'aide. C'est grâce à Théo que Sarah retrouve ses super-pouvoirs ("Tu devrais manger des carottes, t'entraîner à faire le grand écart..."), c'est un vieux rhinocéros qui vient plaider la cause de Rino, une pieuvre magique apparaît dans la piscine municipale pour permettre à Damien de se faire des amis...


En créant ces personnages, en les mettant en situation, en leur permettant de trouver une issue à une situation difficile, les enfants sont devenus, le temps d'un livre, acteurs de leur vie émotionnelle. Le temps fugace des ateliers qui ne durent que quelques heures est maintenant pérennisé dans des livres qui leur appartiennent à plus d'un titre et qu'ils pourront transmettre à leur tour.
















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