• Nathalie Palayret

Bibliothérapie : pourquoi le poème


Pratiquer la bibliothérapie, c'est avoir à cœur de faire entrer en résonance un texte avec un lecteur.


On crée alors tout un jeu d'échos dont la dynamique va permettre au lecteur de se remettre au mouvement. Avec la poésie, ça bouge là-dedans !



Si les poèmes occupent une si grande place dans mon "arsenal bibliothérapeutique", c'est d'abord pour ce que la poésie n'est pas.


La poésie n'est pas une méthode de développement personnel, pas plus qu'une méthode de coaching ou un programme à suivre avec application. Elle ne vous garantit rien du tout, ne vous fait aucune promesse. Et pourtant...


Parce qu'il y règne l'incertain et la métaphore, parce qu'on y use de l'image et du rythme, le poème est force et vitalité. A l'instar d'une graine, le poème contient en germe l'instinct de vie qui nous est nécessaire. Le travail bibliothérapeutique consiste alors à nourrir cette jeune pousse par la lecture.


C'est parce qu'on n'y comprend rien parfois que la poésie nous est indispensable. D'où le paradoxe : on ne va pas vers le poème parce que justement, on n'y comprend rien.

Le premier travail de la bibliothérapie est bien souvent un travail de déconstruction, de mise à terre de ce que nous avons appris. La bibliothérapie ne demande pas : "qu'avez-vous compris" ni même "qu'est-ce que ce vers signifie" et encore moi "selon vous, qu'a voulu dire le poète ?". Elle nous apprend qu'il n'existe pas de bonne réponse à ces questions.


Ce travail de déconstruction est long et nécessaire. Ce n'est que lorsque l'on a tout fichu par terre que l'on peut prendre le poème à bras le corps. Lire la poésie ne devrait pas être un exercice intellectuel mais bien plutôt relever du plaisir charnel !


C'est ce corps à corps qu'instaure le bibliothérapeute par la lecture à voix haute. Il y a là du bruit, des vibrations, comme un enveloppement. Une écoute, une attention particulière qui engagent le corps répondent à la lecture. La relation bibliothérapeutique entre le texte, le lecteur et le bibliothérapeute prend appui sur cet engagement pour faire circuler l'énergie.


La poésie s'offre tout autant qu'elle nous résiste. C'est dans ce double mouvement que l'on voit naître l'énergie. Il ne reste plus au bibliothérapeute qu'à souffler sur les braises pour entretenir la flamme !




Photo by Blake Cheek on Unsplash

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