• Nathalie Palayret

Adultes polyhandicapés : la nécessaire expérience de la poésie

Mis à jour : mai 12


Vulnérables parmi les vulnérables, fragiles parmi les fragiles... Les adultes polyhandicapés présentent à la fois une déficience mentale sévère et des troubles psychomoteurs qui réduisent leur mobilité et leur autonomie.

Sandrine, Marie-Claude, Antoine... vivent dans une Maison d'Accueil Spécialisée (MAS) où une équipe interdisciplinaire veille au quotidien à leur bien-être et leur épanouissement. C'est là que je les ai rencontrés à plusieurs reprises pour partager des temps de poésie avec leur animatrice.

Pour chacun de nous, l'accès à la poésie demande que soient franchis quelques obstacles : préjugés par rapport à ce genre réputé difficile voire hermétique, mauvais souvenirs liés à l'école... Avec des adultes polyhandicapés, les obstacles sont a priori liés principalement aux difficultés de compréhension et à un vocabulaire restreint.

Quand il est difficile d'accéder au sens, il est toujours possible d'accéder au poème, c'est bien cela qui en fait la force et la singularité. Des poèmes simples et vrai, pas chichiteux, cela se trouve. Certains poètes, que l'on croit à tort réservés aux enfants, ont fait notre bonheur, qu'il s'agisse de Maurice Carême, Claude Roy ou de Robert Desnos. Le très beau texte de l'album : "Si tu veux voir une baleine" de Julie Fogliano nous a inspiré un poème écrit tous ensemble (c'est moi qui tient le stylo et écrit sous la dictée) sur les couleurs de la mer.

Tous ces poèmes ont été lus et écoutés avec la plus grande attention. Lorsque j'annonçais : "Je vais lire un poème", Antoine s'adressait à tous les participants : "Tout le monde fait silence !". La sacralité du temps du poème est partout respectée. Le temps de l'échange vient ensuite. Il n'était pas question de faire une analyse de ce qui venait d'être lu, non parce que Sandrine, Marie-Claude et les autres n'en étaient intellectuellement pas capables, mais parce que cela ne m'importe pas.

Pour entendre ce qui a été ressenti, c'est à une écriture collective que nous sommes livrés ensemble. Sollicitant les plus réservés, comptant sur l'animatrice pour dépasser les troubles de l'élocution de Jeannette qui m'empêchaient bien souvent de la comprendre, j'ai accompagné les participants dans la création d'une petite bulle d'imaginaire.

Quand on a une expérience directe des choses très limitée, l'imaginaire peut facilement se trouver comme empêché. Les résidents de la MAS sont très limités dans leur mobilité. Ils se déplacent dans des fauteuils roulants très encombrants. Des gestes, comme saisir un objet ou serrer la main, sont difficiles. Les troubles de la vision limitent encore chez certains la decouverte de ce qui les entourent. Pour beaucoup d'entre eu, l'univers sensible se limite à ce qui est vécu à la MAS ou dans la famille pendant le week-end. Tout ce qui sort de ce quotidien est principalement appréhendé par la télévision.


Et c'est bien pour cela qu'ici, comme partout, la poésie est nécessaire. Parce qu'elle vient étayer et soutenir l'imaginaire. Parce que la poésie sert aussi à cela : expérimenter ce qui ne peut être vécu, imaginer ce qui ne peut être pensé.