• article de Nathalie Palayret

Dans la bibliothèque de la bibliothérapeute : Leur histoire

Mis à jour : mai 12


Un roman de Dominique Mainard, publié par les éditions Joëlle Losfeld

"Oui, tout ceci est peut-être une histoire de famille" suggère la narratrice dès l'ouverture du livre. Une famille où les mots coincent, refusent de se dire ou de se laisser écrire.

"Anna, mon enfant fleur, mon enfant muette"

Nadejda place sa fille au cœur du livre, comme l'on désignerait à un médecin le plus criant des symptômes d'une maladie qui nous ronge en sourdine depuis des années. mais non, Anna n'est pas véritablement cette "enfant muette".

"Toute petite, Anna a plauré, ri parfois - elle avait une voix de ruisseau - elle n'est pas muette, les docteurs l'ont dit".

C'est juste qu'un jour Anna s'est tue, comme s'est tue des années plus tôt la voix de la grand-mère de Nadejda. Alors qu'elle n'était qu'une toute petite fille cette grand-mère lui lisait chaque soir l'histoire d'une princesse qui vivait dans un palais sur les rives d'un fleuve lointain. Mais un soir, la voix de la grand-mère a semblé trébucher sur un mot puis s'est tue. La vieille dame, victime d'une attaque, a survécu quelques mois, condamnée au silence. L'histoire ne sera jamais terminée.

"J'ai découvert que les mots étaient des traîtres et des voleurs".

A la mort de sa grand-mère, la petite Nadejda a refusé d'apprendre à lire et à écrire. Devenue femme et mère à son tour, c'est à l'école pour les enfants sourds-muets qu'elle inscrit la petite Anna qu'elle élève seule. Elle y rencontre un enseignant, Merlin, qui va l'aider à mettre un terme à ce que Nadejda considère comme une malédiction familiale : "Si vous faisiez l'effort d'apprendre à écrire, il ne faudrait pas à Anna plus de trois semaines pour savoir parler".

Le chemin vers les mots, mère et fille vont le faire ensemble dans ce roman sensible. C'est peu dire que Dominique Mainard y donne à entendre les voix de ses personnages. A nous, lecteur, de nous mettre à l'écoute...